DE CENDRILLON À PINOCCHIO

DES COCHONS ET DES FLEURS

Dix pieds de nez

Le cochon n’est devenu sale que par suite de ses fréquentations avec l’homme. À l’état sauvage, c’est un animal très propre
Pierre Loti (1850-1923)

« Dix pieds de nez » est une série de 10 clichés qui se réapproprient, à des fins critiques, les figures « culturellement datées ». De Cendrillon aux Trois Petits Cochons, ces photographies irrévérencieuses fouettent l’univers policé de Disney avec des titres empruntés au célèbre studio américain.

Parmi les rumeurs les plus vivaces sur le père de Mickey, certaines font encore débat. Notamment sur le fait que Walt Disney était raciste et antisémite. La caricature du Grand Méchant Loup en vendeur ambulant juif (avec le gros nez crochu…) a bien évidemment été changée depuis sa création dans les années 1930. Mais d’autres rumeurs font moins polémiques tant elles se sont avérées : Walt Disney était clairement sexiste et homophobe. Il a toujours refusé de nommer des femmes à des fonctions exécutives. Aucune d’entre elles n’obtiendra la qualité de réalisatrice. Walt Disney s’est séparé de certains de ses collaborateurs masculins qui avaient eu le courage de révéler en privé leur homosexualité et n’a pas hésité, pour le même motif, à résilier le contrat liant son studio à certains acteurs, pourtant plébiscités à l’époque par le public. Le paradoxe veut que sa firme aux grandes oreilles fasse mine d’exemple aujourd’hui par sa politique volontariste non discriminatoire.

Grossophobie, misogynie, racisme, antisémitisme… sont autant de discriminations parodiant aussi la culture de masse américaine. Ironie du sort : « Les Trois Petits Cochons » sera ma première œuvre à entrer officiellement dans une collection institutionnelle aux États-Unis. (Musée Leslie Lohman Museum, 2017).

Dix pieds de nez (série photographique, 2008-2022).
Les Trois Petits Cochons (Collection Leslie Lohman, 2017).

La Petite Sirène et Cendrillon viendront compléter la série en 2022.
La Petite Sirène symbolise toutes celles et ceux qui vivent dans un corps qui leur est étranger : À l’origine (en 1837), la Petite Sirène, celle d’Andersen, n’était pas une innocente (les personnages des contes le sont rarement) mais une jeune fille déterminée qui veut changer sa queue de poisson en jambes humaines pour séduire le prince qu’elle a sauvé de la noyade. Presque une personne transsexuelle en somme. Les studios Walt Disney ont repris cette trame joyeusement immorale, supprimé la fin triste (la pauvrette renvoyée à ses sardines après moult souffrances), imaginé une conclusion heureuse, ce qui ajoute encore à la débauche de ce dessin animé des plus louches intentions.
Ma version va renouer avec le conte original inspiré par les penchants refoulés d’Andersen un siècle plus tôt. Quant à Cendrillon, elle sera incarnée par la pulpeuse Lolly Wish en version souillon. Diva boudoir et Pin-up du Crazy Horse, l’emblématique ambassadrice de la féminité aux formes généreuses, s’illustrera dans ce rôle à contre-emploi, fière de ses rondeurs et de ses origines modestes. La sensualité n’est pas réservée à la bourgeoisie, lancera-t-elle du regard. La photographie la représentant ici en Marie-Antoinette est l’œuvre de Maëlle André.

Séries “des Cochons et des Fleurs”