LE BEAU BIZARRE

série Les Tasses

Paradis Perdus

« Les lieux où nous n’avons ni aimé, ni souffert, ne laissent pas de traces dans notre souvenir... » Pierre Loti (1850-1923)

Qu’est-ce qui fait le romantisme d’une rencontre ? C’est souvent le lieu, un lieu au cœur de l’espace public ! Dans les tasses, des hommes en quête d’identité ont posé les premières pierres du vivre ensemble

« Imagine un parc assez sombre, avec peu de lumière, celle de la ville qui peu à peu s’estompe dans les allées. Jusqu’à ce qu’un petit pavillon, soigneusement construit à la fin du XIXe siècle ne se profile à l’horizon. Éclairé d’une simple loupiotte il pointe deux plaques émaillées, « Dames » à droite et « Hommes » à gauche. Quelle aventure ! Comment y résister ? Les femmes, pour des raisons évidentes, ne fréquentaient pas les parcs aux heures tardives. Les hommes, eux, comme des papillons de nuit étaient attirés par la lumière… Celle des pissotières ».

C’est un phénomène particulier que me décrit l’historien Rudi Bleys : « souvent les hommes qui draguaient dans les tasses se sont moins attachés aux partenaires qu’au lieu de rencontre en lui-même ». Ainsi, aucune silhouette n’habite mon installation. Seules les bâtisses, comme autant de visions fantomatiques, transforment cette série de petites chapelles en une cathédrale de sens. La laideur s’illustre, tel un canon de beauté. « Paradis Perdus » montre l’ombre et le silence, l’odeur et l’absence. L’intervalle régulier qui sépare chaque image convoque le motif récurrent du carrelage. La mise en lumière de ces lieux sombres, désertés, révèle une existence imperceptible, une expérience inconcevable aujourd’hui dans l’espace public.
« Dans ma veste de soie rose, je déambule morose, le crépuscule est grandiose »… Et le refrain de Christophe se profile en bande son rêvée. Mais c’est « Le beau bizarre » qui tourne en boucle dans mon imaginaire.

Paradis Perdus (Série photographique 2002-2019) – fragments.

Assemblage symétrique de 72 photographies couleur (papier brillant) et noir et blanc (papier mat).
Impressions jet d’encre pigmentaire, tirages montés sur Dibond. Format de l’installation : 273 x 195 cm

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