QUAND LA GESTUELLE DÉJOUE LE SENS

MAUVAISES VIES ?

Le geste beau

Le geste à l’image est rebelle à toute tentative de construire au préalable son esthétique. Le geste est une invention. Lorsque le geste est ambigu il devient son propre mode d’écriture. Tout lui échappe. Tant qu’il reste inné. Le geste beau, c’est l’histoire d’une prise de vue qui s’est mue en captation vidéo, révélant l’importance des gestes touchant à l’aura. L’amélie, malformation congénitale caractérisée par l’absence d’un membre, n’a plus rien à voir ici. La singularité de Gabriel, le modèle, ne réside plus que dans la poésie tissée par ses gestes.

Je ne m’étais pas préparé à réaliser ici une captation. Comme guidé par la gestuelle de Gabriel, j’enregistre pourtant sans détour ce moment suspendu. Le décor est inexistant, la lumière s’efface. Quand le geste est surprise, il peut être contagieux. Benjamin, hors-champ, laisse tomber sa tâche de barbier et rejoint le modèle dans la poétique de son corps en mouvement. Face à la caméra, aucune répétition, aucun faux mouvement. Mes intentions furent balayées d’emblée par cette alchimie. Tout ce que j’ai perdu du sens premier se matérialise en un autre langage de gestualité pure. Leurs gestes dissipent l’image, convoquent des textes, inventent du son et suscitent une relecture inouïe de mon imaginaire. Ils suspendent un récit et redistribue les cartes du fondement même de ma prise de vue. Coup de main de maître orchestré sans la posture. Le geste beau désacralise Mauvaises Vies ? dans son désir de vulgarisation et répartissent une égalité de principe à tous les éléments de représentation dans l’exposition.

J’aime que la qualité de l’image soit imprécise, granuleuse, presque floue. La superposition des plans, dédoublement de l’image diffusée à retardement, ne brouille pas les pistes, elle nous emmène voir ailleurs dans l’interstice et dans l’instant.

Le geste beau (Marc Martin, 2025).
Vidéo monocanal, 16/9, noir et blanc et couleur (4’30).

Série photographique autour de Le geste beau. Modèles Gabriel et Benjamin.
30 x 40 cm. Jet d’encre pigmentaire sur Hahnemühle Rag Baryta 315g. Tirages limités à 5 exemplaires / photographie.

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