JONA, RIEN DE MOINS, RIEN DE PLUS

SO WHAT?!

Jeune Pousse

Je suis homo. Je suis un homme qui désire des hommes. Je n’en exclus aucun a priori mais je ne les désire pas tous, précise Jona James. Les gros, les maigres, oui. Les blancs, les noirs, les hommes de toutes les couleurs, oui. Avec et sans pénis. Mais pas tous. Pas de « chasseurs », ces hommes qui fantasment sur les trans et qui recherchent des trans pour la simple raison qu’ils sont trans – je suis une personne, pas un trophée, pas un fétiche. Et je n’aime pas les fachos. 

J’indique « Homme Trans » sur tous mes profils. C’est ainsi que j’arrive à lâcher prise.

Au final, je ne désire que ceux qui me font envie. Vous aussi. Je n’ai pas de problème avec ça, on a tous le droit de choisir avec qui on veut baiser, mais ne soyez pas des salauds. N’excluez pas certains corps parce que vous pensez a priori qu’ils valent moins, qu’ils sont moins bandants ou moins utiles. Faire ça mieux, ça dépend de nous. De toutes façons, on fait « ça » autrement que les hétéros, nous ne sommes pas comme eux MAIS différents. Nous sommes différents et en cela nous sommes égaux. Donc, faisons les choses mieux qu’eux ! De manière plus ouverte, plus aimante et moins superficielle.

J’indique « Homme Trans » sur tous mes profils. Sur grindr, on peut même indiquer son genre et ses pronoms. Je trouve ça super, même si les gens passent si souvent à côté que je leur demande à chaque fois : « Tu as bien vu ? Tu aimes ? Tu l’as déjà fait ? ». Je ne demande pas ça pour protéger mes interlocuteurs. Je ne suis pas obligé de leur révéler mon histoire ou mes capacités corporelles. Je ne trompe personne et ne cache rien. Ils n’ont pas le droit d’exiger ces infos. Ce qui m’importe, c’est ma propre sécurité. Je veux être certain de pouvoir savoir à quoi m’attendre. C’est ainsi que j’arrive à lâcher prise. Pas de mystère, c’est le meilleur moyen d’éviter la colère, les frustrations et les agressions.

A l’adolescence, je ne pouvais pas me sortir cette question de la tête. Est-ce que je peux être à la fois trans et homo ?

Souvent, ça me fait mal. Je me demande parfois si je leur ferais toujours envie si ils savaient que je suis trans. Si ils voudront toujours de moi après l’avoir appris. La drague et les compliments ont toujours cet arrière-goût. Je n’ai pas envie d’entendre « Ooops, je ne savais pas » ou « Bon ben, c’est comme ça… ». « T’es quand même beau gosse ». Comment ça, quand même ?? Je suis beau gosse tout court, non ?!

Et puis ça m’amuse parfois de voir quelqu’un tomber dans une crise identitaire simplement parce que j’existe. Mec, tu as le droit de me trouver bandant. Tu es quand même homo. Ou alors tu n’es pas 100% hétéro, tu es peut-être un peu pédé quoi, ça dépend. Je sais bien que c’est déconcertant. Prends-en l’habitude. On a toujours été là, et on n’a pas l’intention de bouger. Est-ce que les gays cis se posent la question de savoir si ils sont peut-être trans lorsque leur désir leur échappe ? A l’adolescence, je ne pouvais pas me sortir cette question de la tête. Est-ce que je peux être à la fois trans et homo ? Est-ce que je dois faire un choix entre être un homme et aimer les hommes ? rien de tout cela n’était possible : je ne pouvais pas trouver mon bonheur en grandissant en tant que femme, et les femmes ne sont vraiment pas ma tasse de thé. Croyez-moi, je me suis donné du mal pour essayer. Je suis très souvent tombé amoureux d’hommes gays, en sachant bien que c’était sans espoir tant que je jouerais le rôle d’une femme.

Je suis un homo, un vrai : je suis sous Prep, je me fais dépister régulièrement, je fais des câlins, je baise, et je suis un spécialiste de grindr. Oui, rien ne rend plus gay qu’être un homme qui désire d’autres hommes. Et ça, personne ne pourra me l’enlever.

Sans titres (Marc Martin, 2024).

Séries photographiques issues de SO WHAT?! Modèle Jona James.
Formats variables. Jet d’encre pigmentaire sur Hahnemühle Rag Baryta 315g. Tirages limités à 5 exemplaires / photographie.

Autres séries issues de SO WHAT?!

COMMANDER